Dans toutes les cultures, on retrouve des traces de pratiques et d’ornements visant à embellir les personnes qui les portaient : parfois associés à des actes religieux ou symboliques, on sait aussi que nos ancêtres étaient attachés à prendre soin de leur apparence. Les peintures et sculptures retrouvés offrent le témoignage de bijoux portés à toutes les époques et nous permettent aujourd’hui d’avoir de nombreuses connaissances sur les bijoux de nos ancêtres. Il n’est dès lors pas surprenant de retracer l’existence de bijoux en des temps très anciens ; déjà à l’époque préhistorique, les archéologues ont pu prouver que les hommes (et femmes) des cavernes aimaient s’apprêter et porter des ornements. Il est même très probable, selon les spécialistes, que les humains préhistoriques aient pensé à décorer leur corps avant toute pratique liée au port de “vêtements” à proprement parler. Penchons-nous ensemble sur les goûts en matière de bijoux de nos ancêtres, à commencer par ceux ayant vécu en les temps les plus reculés !

 

Les bijoux à l’époque préhistorique

Les pratiques funéraires nous indiquent que les hommes préhistoriques portaient des bijoux, ou tout du moins, des accessoires ayant un but esthétique ou symbolique, faits de coquillages, d’arêtes de poisson (lorsqu’il s’agissait de populations vivant en bord de mer), de cailloux colorés, de bois d’animaux et d’ivoire. Les peaux d’animaux et les plumes d’oiseaux constituaient également des matériaux prisés pour la confection d’ornements : les hommes préhistoriques utilisaient bien évidemment des ressources auxquelles ils avaient aisément accès (il s’agissait de la production locale à laquelle nous revenons de nos jours !), et aucun gaspillage n’était fait avec les produits de la chasse. Tout ce qui ne pouvait pas être mangé pouvait être transformé. Et ce qui n’avait pas forcément d’utilité pratique pouvait servir à de la décoration ou à de la création. Il n’est pas évident de dater l’apparition de velléités artistiques chez nos ancêtres de la préhistoire. Néanmoins, de nombreuses découvertes archéologiques nous ont démontré leur potentiel à cet égard (les fameuses peintures rupestres de Lascaux ainsi que de nombreuses autres fresques remontant à des périodes très anciennes en sont le témoignage) ; il en va de même avec les bijoux et accessoires que nous avons retrouvé lors de fouilles de sites funéraires. Les recherches comportementales démontrent que les besoins de création dépourvue de but pratique surviennent principalement lorsque les besoins primaires sont comblés. La création d’ornements est donc souvent corrélée à l’établissement stable et pérenne d’une population dans un territoire donné. Concrètement, on a retrouvé en Afrique du Sud, parmi les bijoux (prouvés comme tels) les plus anciens au monde, des coquillages percés et utilisés en tant que pendentifs, qui auraient été créés il y a près de 75 000 ans. Sur notre continent, les parures ornementales préhistoriques dont on a retrouvé des traces sont principalement issues des matériaux obtenus grâce à la chasse, et peu modifiés. Par exemple, les dents d’animaux étaient utilisées telles quelles, non taillées et seulement percées d’un trou. C'est seulement à partir du néolithique que l’on a retrouvé la trace de perles, taillées dans des matières diverses (os, coquillage, bois). Cela constitue les premiers éléments de parures inventées de toutes pièces par les hommes préhistoriques. Au fur et à mesure que les populations devenaient de plus en plus sédentaires, l’installation des hommes près de rivières (afin de faciliter l’agriculture et l’élevage de bêtes) et de gisements a mené à l’apparition et à l’utilisation de pierres précieuses et de métaux. La fin de la vie nomade a donc également mené un tournant dans la création et le port de bijoux. Cette modification profonde du mode de vie a fait se développer, au fil du temps, des formes nouvelles de bijoux, dépassant du cadre très simple des coquillages et dents percés des hommes des cavernes. Des parures pour la tête (couronnes, épingles et bijoux de cheveux), pour les oreilles (boucles, bouchons), les lèvres et le nez (anneaux), mais aussi pour le reste du corps avec les colliers, bracelets, chaînes, bagues, fibules (les ancêtres des épingles de sûreté), broches, ceintures... sont apparues dès cette époque. La variété des bijoux conçus par les artisans de cette période témoigne de l’établissement des hommes dans des zones géographiques sur le long terme, et du florissement des civilisations et du commerce entre elles.

 

Les bijoux à l’époque antique

L’antiquité est marquée par les échanges croissants entre les peuples, grâce au commerce qui se développe de plus en plus, notamment autour du bassin méditerranéen. Cela a permis, en matière de bijouterie, d’affiner les techniques et de créer de nouveaux savoir-faire. Les exemples de bijoux à l’époque antique sont très nombreux, grâce aux nombreuses découvertes archéologiques qui ont pu être faites tout autour du globe. Pour en savoir plus sur l’histoire des bijoux à l’époque antique, vous pouvez consulter notre article sur ce blog, intitulé “La richesse des bijoux durant l’Antiquité”. Bonne lecture ! Ce qu’il faut retenir de la création des bijoux à l’époque Antique, c’est l’utilisation de matériaux et de techniques de plus en plus élaborés, avec en résultat des œuvres de très grande qualité qui ont traversé les époques et ont influencé la joaillerie de manière durable.

 

Les bijoux au Moyen-Age

Malgré le fait que le Moyen-Age en Europe soit généralement considéré comme une époque “sombre” pour la création artistique, pendant laquelle les épidémies et les conflits ont ralenti la production d’œuvres, il s’agit en réalité d’une époque s’étalant sur une longue période historique (du 5ème au 15ème siècle), et pendant laquelle on constate une grande variété de styles et de formes dans la création de bijoux. Les bijoux au Moyen-Age sont très différents selon l’époque et la zone géographique concernée. Voyons ensemble quelques-unes des grandes époques et régions ayant contribué à l’Histoire de la bijouterie, avec un grand H !

 

Les bijoux sous l’Empire Byzantin

Suite au déclin de l’Empire Romain, l’Empire Byzantin a hérité de ses influences, tout en incorporant les symboles religieux dans l’art et dans la production de bijoux. L’Europe de l’Est, même pendant l’âge sombre connu par l’Europe de l’Ouest, n’a pas cessé de créer et de peaufiner leur savoir-faire en matière de bijoux. Les bijoux de style byzantin comportaient de nombreux motifs en croix, avec beaucoup de couleurs, et utilisaient souvent la technique d’incrustation cloisonnée de pierre diverses, pour donner naissance à des bijoux aux influences à la fois chrétiennes et orientales. L’utilisation abondante de pierres précieuses et de motifs complexes, notamment en arabesque, est caractéristique de la joaillerie pendant l’Empire Byzantin. L’émaillage était également une technique populaire pour la création de bijoux byzantins, principalement pour la représentation de scènes ou d’animaux. Les formes en demi-lune étaient très appréciées à cette époque et constituent une tendance qui a traversé le temps. La 4ème croisade, en 1204, a mis un terme à l’art byzantin mais pas à son héritage dans l’histoire !

 

Les bijoux Viking

Bien qu’ils aient régné sur leurs terres (et leurs mers) uniquement pendant quelques siècles (du 9ème au 12ème siècle), les Vikings ont laissé derrière eux des bijoux principalement en argent, avec des motifs plutôt simples au début de leur histoire. Leurs bijoux s’inspiraient des formes observées dans la nature, comme cela est le cas pour de nombreux autres peuples. La joaillerie viking a cependant évolué vers des motifs géométriques plus complexes qui ont marqué l’histoire. Leurs techniques de prédilection en matière de création de bijoux étaient le repoussé et le filigrane, c’est à dire des techniques de martelage sur l’envers de pièces (souvent en argent) afin de faire apparaitre un motif sur l’endroit. Les bijoux, outre leur portée esthétique, avaient notamment pour but de faire tenir les vêtements dans la culture viking ; l’on retrouve donc des types de bijoux récurrents tels que les broches, fibules, fermoir à boucle, anneaux de bras... Le port de bijoux était ainsi absolument nécessaire et il ne fait aucun doute que les Viking appréciaient porter de nombreux ornements.

 

Les bijoux dans l’art islamique

L’art islamique a également eu un impact important et durable sur la joaillerie. Les influences iraniennes, après la conquête de l’Iran, ont contribué à l’apparition de bijoux raffinés et variés. En effet, de nombreux peuples formaient l’Empire Arabe, d’où l’apparition d’une joaillerie riche et au style unique. L’art animal hérité des Iraniens et l’utilisation de l’or ont ainsi prédominé au début de la production des bijoux de tradition islamique, avant de laisser place à des motifs plus en accord avec la pratique de l’Islam, qui interdisait alors la fabrication d’images. On a retrouvé des traces importantes des bijoux Perses, grâce aux textes et découvertes archéologiques. Ceux-ci privilégiaient les coiffes richement décorées, qui étaient aussi le cas pour les mongoles ; ces coiffes étaient d’usage aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Chez les kurdes, l’on retrouve une prédominance des bijoux en argent, avec des motifs torsadés. S’agissant des bijoux portés en Turquie durant l’époque ottomane, elles sont marquées par l’utilisation de l’argent et de pierres de jade notamment ; les pièces qui semblent avoir dominé la mode à cette période étaient les broches pour maintenir les turbans, les brassards, mais également les colliers et bagues.

 

Les bijoux dans l’Europe teutonique

L’art teutonique est avant tout marqué par l’art barbare : les Goths, les Vandales, les Huns, les Francs et les Lombards ont étendu leur territoire et se sont installés dans le centre, le nord et le sud de l’Europe du 4ème siècle jusqu’au 9ème siècle. Leurs œuvres et leur culture de manière générales étaient considérées comme étant moins nobles que l’art issu de l’empire romain. Elles étaient en réalité riches par leur métissage avec les cultures des contrées qu’elles envahissaient ; les bijoux de l’Europe teutonique partagent des techniques et matériaux communs, en particulier l’or et la faïence. Le mélange de styles teutonique et iranien, scythe, ou encore celtique produisait des ornements dont le style tranchait avec ceux issus de la tradition classique de la joaillerie. Les types de bijoux favorisés pendant cette époque étaient les fibules et les colliers rigides, tous richement décorés. On a retrouvé la trace d’utilisation de techniques telles que l’émaillage, le filigrane et le gaufrage.

 

Les bijoux en Europe de l’Ouest médiévale

La généralisation des rites funéraires chrétiens ayant mis un terme à la coutume d’enterrer les morts avec leurs bijoux, les traces des bijoux en or issus de l’époque médiévale en Europe de l’Ouest sont celles retrouvées dans les trésors des abbayes ou les cathédrales. Les bijoux retrouvés sont néanmoins moins nombreux que ceux qui ont pu être découverts dans d’autres cultures et époques ; la production de joaillerie a donc reculé à cette période. Les textes et représentations graphiques de l’époque corroborent cette analyse, il semble que les bijoux étaient alors assez peu portés entre le 10ème et le 12ème siècle. C’est à partir du 12ème siècle que les premières guildes d’orfèvrerie se sont organisées et que la production de bijoux a repris son essor. S’agissant des types de bijoux courants à cette époque, on peut citer en premier lieu l’anneau, qui avait à la fois une valeur symbolique, religieuse et pratique, puisqu’il servait également de sceau ; on peut également évoquer la broche qui permettait de tenir les vêtements et capes et de montrer son statut social, ainsi que la boucle de ceinture. En parallèle (du 11ème au 14ème siècle), le début des croisades a permis le partage et l'expansion des arts et du commerce à travers l'Europe, ce qui a également mené à une popularisation du port des bijoux, qui n’était plus seulement réservé aux riches. Cette évolution a même mené l’élite à limiter législativement la quantité d’or qui pouvait être portée par les roturiers !