Les civilisations antiques ayant bordé la méditerranée nous ont apporté, elles aussi, un magnifique héritage en termes de joaillerie. Revenons ensemble sur les grandes cultures antiques qui ont façonné nos bijoux modernes !

Les bijoux égéens

La civilisation minoenne, qui prospérait durant l’âge du Bronze sur l’île de Crète, était le point de rencontre des grandes routes commerciales de l’époque. Proche des côtes asiatiques, africaines et grecques, la civilisation minoenne a bénéficié des différentes influences artistiques et des ressources qui transitaient par ses terres. Les bijoutiers égéens disposaient donc de matériaux variés et de grande qualité pour leurs créations de parures fastueuses : on a retrouvé de nombreux bijoux en or, des couronnes et des colliers richement décorés, avec des motifs en forme de demi-lune, de main ou de grenades. La fleur de lotus étaient également fréquemment représentées, comme cela était le cas en Egypte antique. Les artisans minoens disposaient évidemment de tout le savoir-faire nécessaire pour tirer le maximum des matériaux précieux dont ils disposaient. L’on a ainsi retrouvé des bijoux fabriqués en utilisant les techniques suivantes, que nous utilisons toujours actuellement : la granulation, le filigrane, la découpe et l’estampage de feuilles d’or. Cette dernière technique était également appréciée pour orner les vêtements de cérémonie et les riches parures de la noblesse minoenne. Les motifs inspirés par la nature étaient pléthores, à l’instar des autres civilisations de l’Antiquité ; papillons, rosettes, oiseaux, abeilles, taureaux et sphinx étaient volontiers utilisés en bijouterie pour décorer des parures. Outre le travail de l’or, parfaitement maitrisé par les joaillers de l’époque, les artisans minoens recouraient aussi à la gravure de pierres précieuses pour la création de bagues ou encore de sceaux. Il est remarquable de constater qu’une civilisation si ancienne avait d’ores et déjà su réaliser parmi les plus beaux et délicats bijoux de l’histoire de l’humanité.

 

Les bijoux phéniciens et étrusques

A l’instar de la civilisation minoenne, la Phénicie constituait le point de passage de nombreuses routes commerciales, ce qui a permis à leur culture de connaitre une richesse considérable. Les bijoux façonnés par la civilisation phénicienne sont inspirés de nombreuses influences, notamment égyptienne et minoenne, mais trouvent leur particularité dans le travail particulier minutieux apporté aux chaines en or ainsi qu’au sertissage des pierres, qui n’avaient rien à envier à nos techniques modernes. Les formes animales, les scarabées, motifs de feuilles et de fleurs, l’association de perles et de pierres de tailles et formes diverses sur un même bijou sont autant de caractéristiques retrouvées dans la joaillerie phénicienne. Les bijoux phéniciens ont influencé directement les étrusques, qui disposaient déjà d’un esthétisme propre à leur civilisation. Les étrusques affectionnaient tout particulièrement les pièces monumentales, en or et richement décorées. Les artisans étrusques ont fait leurs les techniques de fabrication de bijoux déjà connues de leurs contemporains (filigrane, granulation...) pour tirer le meilleur des matériaux dont ils disposaient : principalement l’or. Les phéniciens et étrusques ont réalisé des fibules, colliers, coiffes et bracelets de grande qualité. Les bagues et boucles d’oreilles en or étaient également portées par ces populations. On a retrouvé une forte influence de l’Orient dans les bijoux de ces civilisations, avec des chimères d’animaux divers, renvoyant au mystique de l’Asie du Sud-Ouest, mais également l’héritage des grecs dans la bijouterie (colliers à nombreuses chaines, pendentifs en formes de gorgones, harpies et sirènes, motifs de palmiers...)

 

Les bijoux hellénistiques

L’art grec antique nous est parvenu en grande quantité : nous connaissons bien le goût des Grecs de l’époque antique pour le Beau et leur sens aigu de l’esthétique. Par conséquent, il n’est pas surprenant de retrouver une grande variété de types de bijoux parmi les créations des joaillers de la Grèce antique : bracelets (souvent portés par paires), anneaux, colliers, pendentifs, fibules, brassards, coiffes et bijoux de cheveux, bijoux de bras et de cuisse... Les grecs portaient volontiers tous types d’accessoires, quel que soit leur statut ou leur sexe. Les artisans grecs ornaient leurs pièces de pierres précieuses et semi-précieuses aux couleurs vives, ainsi que de perles et d’émail coloré pour ajouter des motifs d’animaux et de plantes à leurs créations. Les représentations de déités étaient bien entendu populaires à cette époque, et tout le panthéon des Dieux grecs a pu être retrouvé sur des bijoux, la civilisation grecque plaçant sa religion au centre de la société. On a retrouvé de nombreux bijoux de la civilisation grecque dans des temples et sanctuaires, mais nous savons grâce aux témoignages picturaux et écrits qui nous sont parvenus que les grecs ne réservaient pas le port de bijoux seulement aux défunts ou aux cérémonies religieuses. Il s’agissait d’une habitude de la vie quotidienne ; les bijoux n’en étaient pas moins précieux ni symboliques puisqu’ils étaient traditionnellement transmis en héritage familial. Concernant les motifs chers aux créateurs de bijoux en Grèce antique, les cavaliers au galop, les dieux et déesses, les chars tirés par des chevaux et des scènes de la mythologie reviennent fréquemment sur les bijoux ornés et pendentifs, à l’instar des scènes observées sur les fresques et sculptures antiques. Le nœud d’Hercule était également un motif récurrent sur les bijoux de cette civilisation ; ses propriétés magiques lui conféraient un rôle d’amulette de protection, comme le faisaient les égyptiens. On le retrouve aussi bien sur des bracelets, diadèmes, ceintures ou bagues. Les bracelets en motif de serpent, enroulés autour de la cuisse ou du bras, sont des exemples bien connus de bijoux hellénistiques. Le motif serpent était également populaire pour la création d’anneaux de doigts. Autre article qui semble avoir eu du succès à l’époque, un collier de pièces d’or, façonnées en formes diverses (amphores, fleurs, rosettes...), et montées sur une chaîne en breloques, en alternant avec des pierres ou perles de verre colorées. Bien que les couleurs des bijoux fabriqués durant l’apogée de la civilisation grecque antique se soient effacées, nous savons que les joaillers de l’époque recouraient volontiers à de l’émail colorés pour agrémenter leurs parures. Les artisans grecs ont créé des bijoux avec des détails et représentations très fines et minutieuses, en faisant des œuvres d’art à part entière.

 

Les bijoux romains

Dans la Rome antique, l’art de la bijouterie a été menée à des sommets de technicité et de raffinement ; l’empire romain a rassemblé à son apogée les savoir-faire et la créativité de toutes les cultures s’étant développées avant lui. La joaillerie disposait de ressources matérielles, or et pierres précieuses importées des pays conquis et des multiples routes commerciales établies, et des artistes les plus renommés pour produire des bijoux d’une qualité exceptionnelle.

Cela a également conduit à la démocratisation des bijoux en matières nobles pour des populations moins aisées. C'est le cas des anneaux en or, qui sont progressivement passés de bijoux réservés à la haute noblesse à des accessoires accessibles même aux soldats et à la classe moyenne. Les répliques de modèles de bijoux se sont également popularisées dans l’empire romain ; les matériaux onéreux tels que les pierres étaient remplacés par des billes de verres colorées par exemple.

Les bijoux étaient portés par tout le monde dans l’empire romain ; les hommes et les femmes portaient indifféremment tous types de bijoux. Il n’était pas rare de voir les hommes riches porter de très nombreuses bagues, par exemple, à tous les doigts de la main.

Outre les bagues, qui avaient souvent une importance particulière pour les hommes, puisque certaines faisaient office de sceaux à leurs initiales, les romains avaient dans leur boîte à bijoux une grande variété. Ainsi, les torques et bracelets étaient très appréciés par les romains ; les torques étaient assimilés à des symboles de puissance et était associés aux exploits guerriers. Les broches et fibules, nécessaires pour faire tenir ensemble des vêtements, étaient grandement décorés de pierres. Concernant les motifs, les bijoux romains ont d’abord hérité des influences étrusques et grecques, avant de s’en affranchir petit à petit ; l’on a retrouvé ainsi des motifs de serpents enroulés, des palmiers, des feuilles d’acanthe, des glands, des spirales, tous venus directement des bijoux hellénistiques. Le style étrusque se retrouvait également dans les colliers en or populaires chez les romains de l’Antiquité, avec des petites bulles en pendentifs montés sur des chaînes en or.

Parmi les motifs propres à la culture de la bijouterie romaine, la demi-lune et la roue sont particulièrement caractéristiques ; les boucles d’oreilles en forme de bateau était aussi un article à la mode chez les femmes romaines. On a aussi retrouvé de nombreux colliers avec des pendentifs représentant les portraits des empereurs, à la manière des pièces de monnaie frappées à leur effigie. Les matériaux courants dans la bijouterie de la Rome antique étaient les pierres semi-précieuses (grenat, lapis lazuli, onyx, ambre, émeraude, jaspe, pierre de lune), importées d’Egypte et de Perse.

Les boucles d’oreilles en améthyste étaient particulièrement en vogue chez les femmes, qui considéraient que cette pierre avait des vertus magiques. Ces boucles étaient particulièrement précieuses et reflétaient la position sociale élevée de celles qui les portaient. Les pierres précieuses gravées étaient très appréciées, elles étaient serties ou tenues par des broches et portées en pendentifs. Les romains maitrisaient, outre le sertissage, la technique de l’émaillage, qu’ils utilisaient volontiers dans la réalisation de leurs bijoux.

Les romains étaient si friands de bijoux que Caton l’Ancien, un censeur romain du 3ème siècle avant notre ère, est allé jusqu’à réglementer le port de parures, en imposant une taxe à tous ceux et celles qui portaient de trop riches ornements et promouvaient ainsi une culture du luxe extrême, qu’il jugeait décadente. Il a ainsi donné son nom au terme censure !